« Quand j'ai réalisé un documentaire sur les enfants placés en foyer, j'ai pensé que ces enfants éloignés de leurs familles étaient aussi les enfants de tout le monde. Ce sont les enfants de la société dans laquelle on vit. Et je me suis dit : si ça m'arrivait à moi ?... Et si un de ces enfants était le mien ?...
Plus tard j'ai eu envie de raconter ce qui pouvait se passer dans la tête d'un homme qui est au milieu de sa vie, qui vit en couple avec des enfants. Quel est son rapport aux femmes ? Aux enfants ? Où en est sa liberté ? Est-ce que ça passe par une crise ? Je voulais m'embarquer dans ce questionnement, mais en conservant de l'humour. Dans l'idée de départ, il y avait ce que la notion de famille implique dans le rapport d'amour ou d'affection, du couple. Comment le couple fonctionne avec les enfants, qu'est-ce qui pourrait mettre cette famille en danger ? Je tenais aussi à mélanger l'individuel et le collectif parce que nos vies ne sont pas déconnectées les unes des autres.
Pour moi, tout ce qui vient avant le tournage est essentiel. Tous les choix, y compris l'équipe technique, participent à la mise en scène et déterminent ma façon de travailler, parce que je pose les fondations dont le tournage sera la conséquence. Ce qui ressort de la personnalité d'un acteur, son désir d'être dans la famille du film, ce qu'il incarne au delà de son talent, tout cela imprègne aussi le film. Le plan de travail, c'est déjà de la mise en scène, il est pour moi très important dans mon rapport aux comédiens et à l'histoire. Je tourne le plus possible dans l'ordre chronologique. Cela permet à tout le monde de s'ajuster par rapport à ce qui se passe et à ce qui s'est réellement passé. J'aime l'idée que l'on soit tous ensemble dans l'histoire. On fait comme dans la vie, on quitte un décor et puis on le retrouve.
Avec Sergi on était très heureux de se retrouver. Et tout le monde avait envie d'être là, Sacha, Marilyne, Vanier, Riaboukine, Commelin. Avec aussi une nouvelle venue, Sylvie Testud. J'ai très vite pensé à elle pour le personnage de Virginie, et la rencontre a été évidente. »

[ Né au Pérou, Manuel Poirier passe son enfance à Paris. Ouvrier, ébéniste, éducateur pour jeunes en difficulté, il multiplie les petits emplois. Cinéaste autodidacte, il réalise plusieurs courts métrages à partir de 1984, dont "La première journée de Nicolas" et "La lettre à Dédé", des portraits de jeunes libérés de prison confrontés aux difficultés de leur réinsertion. En 1992, il réalise son premier long métrage, "La petite amie d'Antonio", avec Sergi Lopez, un acteur catalan fidèle dans sa filmographie. "La petite amie d'Antonio" est remarqué pour son ancrage social et un ton nouveau dans le cinéma français. Ce style se confirme avec "... À la campagne" (1994). Dans "Attention, fragile"(1995), Manuel Poirier dépeint le mal-être d'une jeunesse sans rêves. "Marion" (1996) évoque la complexité des liens familiaux et montre un respect de l'enfant inhabituel au cinéma. "Western" (1997), un road movie tourné en Bretagne, reçoit le prix du jury à Cannes et est plébiscité par le public. En 2000, le réalisateur retrouve Lima pour tourner "Te quiero". Puis, dans le documentaire "De la lumière quand même", il donne la parole aux enfants placés en foyers ou en familles d'accueil.
Les films de Manuel Poirier évoquent souvent la difficulté de vivre, tout en mettant en évidence les plaisirs simples et le bonheur possible. "Les femmes... ou les enfants d'abord...", est une chronique des tourments de la quarantaine. En 2003, "Chemin de traverse" met en scène les relations père/fils. "Le sang des fraises", en 2005, traîte de l'adolescence et du passage. En 2006, "La Maison", évoque la nostalgie et les souvenirs. Et avec "Le café du pont" en 2010, librement inspiré du roman autobiographique de Pierre Perret, Manuel Poirier signe un film volontairement optimiste sur l'enfance. ]

  • « Poirier sait associer les mots "poésie" et "quotidien". Les rebondissements de son film sont à chaque fois traités avec profondeur mais sans gravité. »
    T.C. - Studio Magasine
  • « En accumulant les petits détails allusifs, Poirier enregistre les choses apparemment anodines de la vie sans s’apesantir ni s’abîmer dans la réduction socio-psy. »
    Olivier de Bruyn - Première
  • « Manuel Poirier confirme son talent à traiter de questions existentielles avec légèreté et générosité. Les moments ordinaires suffisent presque au film, et on finirait même par soupçonner d'artifice le moindre moment fort. »
    Frédéric Strauss - Télérama
  • « Les acteurs semblent faire partie d'une même famille, comme si dans le travail hors-champs ce genre d'unité était tout aussi vitale. La sincérité de ce film en devient alors encore plus touchante. »
    Anne-Laure Bell - Fluctuat.net
  • « Poirier garde en lui un fond d'obscurité où tout s'enchevêtre, l'élan de bonté et le recul méchant, l'esprit constructif et l'instinct destructeur, l'altruisme prosélyte et l'autisme-réflexe. Parce qu'ils reposent sur cette tension intérieure, ses films gardent, y compris dans leurs moments les plus ouvertement scout, une ambiguïté très singulière, un malaise souriant. C'est vrai plus que jamais dans les Femmes... ou les enfants d'abord... »
    Didier Péron - Libération
  • « A l'époque où la caméra se plaît à affoler le regard, où l'éloge de l'amour semble souvent désincarné, disons franchement que ce point de vue rend l'entreprise de Manuel Poirier fort sympathique... »
    Yannick Lemarié | positif

les films de Manuel Poirier sur ce site :

Le café du pont, de Manuel Poirier La maison, de Manuel Poirier Le sang des fraises, de Manuel Poirier Chemins de traverse, de Manuel Poirier Les femmes ou les enfants d'abord, de Manuel Poirier Te quiero, de Manuel Poirier De la lumière quand même, de Manuel Poirier Western, de Manuel Poirier Marion, de Manuel Poirier Attention fragile, de Manuel Poirier … à la campagne, de Manuel Poirier La petite amie d'Antonio, de Manuel Poirier