« Mes films, sans que je le sache vraiment, naissent comme cela. D'un mélange de mots, d'image, de sensations, de souvenirs, d'espaces. Ils se construisent avec, mais aussi sans moi. L'été indien s'est fabriqué quelques années après la lecture d'Affliction de Russell Banks. Un jour, dans la rue, j'ai vu un homme avec un bonnet de laine sur la tête, on était en août à Nice. Je l'ai suivi un moment. Puis, tous les deux, nous sommes arrivés au bord d'une voie rapide. Nous sommes restés là, dans la rumeur agressive des véhicules qui filaient. Lui, regardant les voitures, moi, l'observant. Et soudain j'ai vu que j'allais faire un film. Un film avec un homme qui porte un bonnet de laine et regarde passer les voitures comme il regarde passer sa vie. Un film sur une violence sourde. »

[ Alain Raoust apprend le métier de metteur en scène sur le tas, notamment en devenant l'assistant réalisateur du cinéaste Jean-Pierre Thorn (Je t'ai dans la peau), puis en signant de petits films expérimentaux. En 1988, il intègre l'Université Paris VIII d'où résulteront trois courts métrages, "L'Hiver encore", "La Fosse commune" et "Attendre le navire", fortement imprégnés de l'influence du cinéaste Philippe Garrel, et dans lesquels il revendique une certaine prise de position de l'être humain.
En 1995, il signe à nouveau un court métrage engagé, "Muette est la girouette", dans lequel une femme lit une lettre composée par le réalisateur lui-même, inspiré par le destin de la meurtrière Florence Rey, personnage central d'un tragique fait divers de l'époque. Ce film remporte la coupe Juliet-Berto au festival de Grenoble. Deux ans plus tard, "La Vie sauve", qui retrace le retour d'une jeune exilée bosniaque dans son pays, permet à Alain Raoust de remporter le Grand prix du festival Côté court de Pantin en 1997.
En 2002, Alain Raoust tente l'expérience du long métrage avec le film dramatique "La Cage", dans lequel une jeune femme, interprétée par Caroline Ducey, cherche à faire table rase de son passé en rencontrant le père de l'homme qu'elle a tué quelques années auparavant. "L'été indien" est son deuxième long métrage.]

  • « On a l’habitude de souligner l’importance de la rencontre d’un metteur en scène et d’un acteur. Celle d’Alain Raoust et de Johan Leysen est remarquable, elle a inventé René. René est mieux qu’un personnage de cinéma, c’est un homme, ausculté par la caméra subtile du réalisateur. (…) Filmer un corps c’est trouver la distance, comme en boxe, et dans cet exercice, Alain Raoust frappe juste. Dès le début du film, on sent chez René une cassure qu’il ne peut réparer. (…) Le cinéma a souvent montré le broyage social des hommes, ici, l’ennemi vient de l’intérieur, c’est le vide, la béance et la culpabilité. René ne peut rien changer, rien modifier, rien recommencer. Ça lui échappe, comme sa fille lui échappe pour mener sa vie qui n’appartient qu’à elle. Il est jaloux, cette jeune femme en cache une autre, disparue. Avec la lettre, le passé refait surface c’est le retour du refoulé. La caméra commence alors à coller à son acteur, comme la dépression englue le personnage à la poursuite de ses fantômes. René parle par bribes, en pointillé, la parole libérée est aiguisée par la solitude. (…) La montagne est l’énorme caisse de résonance de son malaise. De temps à autre, il va dans une minuscule caravane qui contient encore des traces d’intimité. C’est là qu’il libérera sa fille du fardeau de son secret. Une grande force du film vient de sa similitude avec son personnage. On tourne autour de lui comme il tourne autour de son vide intérieur. La mise en scène ne cherche pas à remplir ce vide, mais au contraire à l’agrandir pour nous y faire descendre et sentir avec le personnage. Plus on descend, plus ça paraît vaste et dévasté, plus la montagne est imposante, jusqu’à la scène de chasse. Au bout de son canon, René tient la silhouette d’un chamois sur une crête. Ils sont égaux dans le silence, le chamois avec sa montagne, René avec sa solitude. »
    Joël Brisse - l'ACID
    ( Agence du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion )
  • Singulier protagoniste que celui qui croit encore aux écrans à cristaux liquides comme source de bonheur. De ce loser aveuglé, Alain Raoust livre une contemplation concise. La créativité de la mise en scène renie soigneusement le tape-à-l’oeil : la précision du point de vue l’emporte sur les zooms formalistes. Frappante, la franche sauvagerie des paysages alpins de ‘L’Eté indien’ est un contrepoint saisissant à une foi absurde, apparemment lamentable et beaucoup plus civilisée, celle du consumérisme. L’absurdité des diktats commerciaux du bonheur n’est que plus cinglante dans les hauteurs cosmiques de la montagne. Dans l’interprétation colossale de Johan Leysen, le consumérisme touche à l’intime. Sa foi a priori pathétique s’élève au rang de dignité blessée tant elle traduit l’état de besoin de tout être humain. La rugosité du personnage est plaisante ; crédible, elle reste symptomatique d’une frustration significative et non d’une dureté apprêtée de Parrain. On trouve beaucoup de cinéma dans cette oeuvre épurée et pudique, pétrie d’images et non de creuses paraphrases. ‘L’Eté indien’, par le biais de l’échec, nourrit une réflexion sur la véritable définition de la réussite. Incontestablement, c’en est une.
    Christine Jover - [evene]
  • Un film sans concessions, brûlant, une façon de traiter la dérive d'un alcoolique avec dignité, une manière d'évoquer sans grandiloquence le calvaire d'un homme hanté par sa faute et sa soif de rachat.
    Jean-Luc Douin - Le Monde
  • Alain Raoust parvient à démêler les fils de la complexité humaine en réalisant un film qui dit quelque chose des hommes dans un monde où l'image du bonheur vendu sur papier glacé froisse les âmes sensibles jusqu'à parfois commettre l'irréparable.
    Marie-José Sirach - L'Humanité
  • Un film passionnant qui propose un cinéma pris entre Wenders, Civeyrac et la lointaine pureté naturaliste d'un Flaherty.
    Amélie Dubois - Les Inrocks