« Filmer la résistance de la vie, la beauté des femmes, leur courage, leur intelligence… plutôt que toujours la haine – le « sang à la une » du terrorisme – dans laquelle se complaisent trop souvent des médias qui n’aboutissent qu’à stigmatiser le monde arabe et paralyser d’effroi nos démocraties. Le cinéma du côté des planteuses d’arbre, plutôt que de celui des incendiaires ou des pompiers (aussi héroïques soient-ils !). Oui, il existe dans le monde musulman (jusqu’ici dans nos banlieues) un formidable mouvement des femmes pour la liberté et l’égalité. C’est un espoir pour l’humanité !
Allez Yallah !", c’est un chant d’amour, un grand poème épique : sans doute le plus vrai de mes films, le plus sincère, s’approchant le plus de mon désir initial de cinéma, celui de mes vingts ans, du cinéma en transe d’un Glauber Rocha ou d’un Eisenstein… L’obsession constante de ma vie : trouver une forme par laquelle la révolte dynamite l’esthétique, pour rendre le spectateur actif. Créer de l’épique qui transcende l’intime : le paradoxe de tous mes films.
"L’art révolutionnaire, disait Glauber Rocha, doit être une magie capable d’ensorceler l’homme à tel point qu’il ne supporte plus de vivre dans cette réalité absurde." »

[ Cinéaste engagé et passionné, Jean-Pierre Thorn débute à Aix en Provence par des mises en scène de théâtre, "Les fusils de la mère Carrar" et "Ste Jeanne des abattoirs" de Bertold Brecht. Il tourne en 1965 son premier court métrage, "Emmanuelle", puis son premier long en 1968, au coeur de l'usine occupée de Renault-Flins. "Oser lutter oser vaincre, Flins 68", demeure un exemple du cinéma militant, régulièrement projeté pour soutenir des actions syndicales. En 1969, il abandonne le cinéma pour s'embaucher comme ouvrier O.S. à l'usine métallurgique Alsthom de St Ouen. En 1978, il est co-animateur de la distribution du programme de dix films intitulé "Mai 68 par lui-même". Il réalise en 1980 son second long métrage, "Le dos au mur", témoignage de l'intérieur sur son expérience ouvrière. Son premier long métrage de fiction, "Je t’ai tans la peau" (1990), raconte le destin d’une femme religieuse puis dirigeante syndicale, se suicidant au lendemain de la victoire de la gauche de 1981. Depuis 1992 il collabore avec le mouvement hip hop, et réalise trois films devenus emblématiques : "Génération Hip Hop", "Faire kiffer les anges" et "On n’est pas des marques de vélo". En 2006, son film documentaire "Allez Yallah !" raconte l’épopée d’une caravane de femmes luttant, des deux côtés de la Méditerranée, contre la régression de leurs droits remis en cause par la montée des intégrismes religieux. Il signe un nouveau film-manifeste en 2011, avec "93, la belle rebelle", qui brosse 40 années de résistance musicale en Seine Saint-Denis… ]

  • « Une constante, dans tous les films de Jean Pierre-Thorn, est la profonde empathie du réalisateur pour ses personnages, qui émeut d'emblée le spectateur. Ici, le réalisateur fait sien le combat des femmes (musulmanes et non musulmanes) face à la montée de l'intégrisme religieux qui remet en cause leurs droits fondamentaux. Ce film n'est pas seulement un exemple très abouti d'art utile et militant (Thorn accompagne et soutient cette caravane de femmes dans leur lutte au présent), c'est un documentaire rare, où on sent la présence généreuse du réalisateur dans chaque plan, où chaque témoignage est un jalon dans l'épopée, qui évite aussi de gommer l'ambiguïté de certains comportements (l'interview de cette énigmatique jeune lycéenne lyonnaise approuvant les violences faites aux femmes au nom d'une lecture rétrograde de l'Islam). Mais cet altruisme ne serait rien sans les exigences cinématographiques du film. Il y a dans cette ?uvre indispensable, outre un remarquable travail d'étalonnage des couleurs et de la bande son qui donne au film sa fluidité, un élan et un souffle qui emportent le spectateur. Une ?uvre généreuse et courageuse, réalisée par l'un des meilleurs documentaristes français. »
    Alain Mazars

    « Avec ce film, Jean-Pierre Thorn poursuit son travail de cinéaste de notre temps. C’est une danse d’espoir qu’il nous proposeaujourd’hui en nous entraînant dans le sillage des caravanières. Exploitées parmi les exploités, les femmes du Maghreb sont au bout de la chaîne de l’oppression, qu’elles vivent en France ou au pays. A présent que l’islamisme se développe, déroutant le monde occidental, elles en sont les premières victimes. Ici, l’islamisme n’est pas considéré comme un particularisme culturel, mais comme une tendance politique qui s’appuie sur la méconnaissance de l’islam. En mêlant religion et politique, sous prétexte de s’émanciper d’un occident colonialiste, les islamistes tiennent le peuple dans la crainte et les femmes dans la soumission. Peu de films traitent de cette question avec autant de précision et de bon sens. Le talent de Jean-Pierre Thorn est de dénoncer ce danger à travers la lutte des caravanières, pleine de joie et de courage, et de faire de ce film une grande fête dont on sort un peu ivre, ému, amoureux. Il y célèbre tous les âges de la femme, son corps, ses yeux, ses sourires, dans une grande sensualité et sans jamais être vulgaire. Il y célèbre la langue arabe dans tous ses aspects, du parler le plus populaire aux versets en arabe classique, avec respect et amour. Il y célèbre la lutte, qui unit les âmes et les corps, la générosité et la solidarité qui sont le terreau du militantisme. Et comme dans tous ses films, il y célèbre la musique et la danse, centrales au cœur de l’espoir. Toutes les musiques y sont unies, des chants arabo-andalous de Sapho au rap de Bams, comme sont unies toutes les femmes de ce film, quelles que soient leurs religions, leurs couleurs de peaux ou leurs langues maternelles. Allez Yallah ! est un formidable pied de nez aux islamistes: vous ne voulez plus voir de femmes qui dansent ? Regardons comme elles sont belles ! »
    Cécile Vargaftig
  • « Un road movie pas comme les autres qui stigmatise plus efficacement l'obscurantisme que n'importe quel discours officiel. »
    Jean Philippe Guéran - Le Nouvel Obs
  • « La caméra du cinéaste suit affectueusement ses personnages, toujours curieuse, jamais inquisitrice. Le film est un reportage quiaffiche sa sympathie et sa complicité, mais sans jamais tomber dans la flagornerie. Regarder, donner à voir, pas juger, tel est le but, atteint, de l’oeuvre. »
    Jean Roy - L'Humanité
  • « Un documentaire citoyen, digne du courage et de l'intelligence de celles qu'il accompagne. »
    Grégory Alexandre - Ciné Live
  • « Les femmes aujourd'hui, leurs droits... Voilà le sujet de ce documentaire ô combien humaniste. »
    Samuel Lebon - Brazil
  • « En rupture avec un discours fataliste, ce documentaire salutaire en appelle aux responsables politiques pour barrer la route aux fondamentalistes et reprendre la main dans les quartiers défavorisés. »
    Mathilde Blottière - Télérama

les films de Jean-Pierre Thorn sur ce site :

93, la belle rebelle, de Jean-Pierre Thorn, Allez Yallah, de Jean-Pierre Thorn, On n'est pas des marques de vélos, de Jean-Pierre Thorn, Faire kiffer les anges, de Jean-Pierre Thorn,