Jean-Pierre Thorn « Le "93" a forgé son identité par la créativité de ses musiques qui, depuis les années 60, résistent à la stigmatisation constante des élites au pouvoir Au cœur du film la richesse humaine des rencontres avec chacun de ses protagonistes : souvent artistes d’exception, ayant révolutionné l’art de leur époque. J’ai été fasciné par la découverte de Dee Nasty (« King Zulu » de la funk et du hip hop), de Loran « Bérurier Noir » (îcone de la génération punk), de Marc Peronne (promoteur du folk jazz dans les années 70 et précurseur du slam) ou de Daniel Baudon (témoin vivant de l’irruption du rock en France dans les années 60 et de son encrage ouvrier. Comme j’ai adoré approfondir ma connaissance des rebelles d’aujourd’hui (dans une filiation à NTM) : je pense à la fusion étonnante du rap de Casey avec le rock radical de Serge Teyssot-Gay (ex-« Noir Désir » aujourd’hui « Zone Libre »)… Ou encore du slameur, D’de Kabal, accompagné par la rythmique puissante de Franck Vaillant, qui me rappelle le cri déchirant d’une Abbey Lincoln accompagnée de Max Roach dans le disque mythique « WE INSIST, FREEDOM NOW SUITE ! » Il est remarquable que des artistes, issus des ghettos français, soient sans le savoir dans une filiation aussi profonde avec le jazz des combats afro-américains des années 60 pour les droits civiques.
Derrière chacun des musiciens qui déroulent cette histoire, il y a celle des paysages et de l’évolution de ce territoire. J’aime l’immensité des espaces de la banlieue : cet enchevêtrement d’architectures en perpétuel mouvement : construit, rasé, remodelé, reconstruit… Et dans ce « no man’s land » fascinant – intervalle de la ville en jachère – l’incroyable surgissement de la nature qui ne cesse de repousser et recouvrir les ruines des industries passées. J’aime les friches, la poésie des squats, la beauté des canaux et voies RER qui transpercent la ville et ouvrent des brèches dans l’imaginaire vers d’autres destins possibles. J’espère, par mes images, rendre compte de cette beauté sauvage, de ces vibrations de couleurs pastel, de ce murmure de la ville quand on la contemple depuis les tours. L’architecture de la banlieue, de ses terrains vagues, respire la vie des gens, l’histoire en renouvellement constant : véritable terrain d’aventure pour « Enfants des courants d’air » (film d’Edouard Luntz, Prix Jean Vigo 1960, chef-d’œuvre occulté du cinéma français). »

[ Cinéaste engagé et passionné, Jean-Pierre Thorn débute à Aix en Provence par des mises en scène de théâtre, "Les fusils de la mère Carrar" et "Ste Jeanne des abattoirs" de Bertold Brecht. Il tourne en 1965 son premier court métrage, "Emmanuelle", puis son premier long en 1968, au coeur de l'usine occupée de Renault-Flins. "Oser lutter oser vaincre, Flins 68", demeure un exemple du cinéma militant, régulièrement projeté pour soutenir des actions syndicales. En 1969, il abandonne le cinéma pour s'embaucher comme ouvrier O.S. à l'usine métallurgique Alsthom de St Ouen. En 1978, il est co-animateur de la distribution du programme de dix films intitulé "Mai 68 par lui-même". Il réalise en 1980 son second long métrage, "Le dos au mur", témoignage de l'intérieur sur son expérience ouvrière. Son premier long métrage de fiction, "Je t’ai tans la peau" (1990), raconte le destin d’une femme religieuse puis dirigeante syndicale, se suicidant au lendemain de la victoire de la gauche de 1981. Depuis 1992 il collabore avec le mouvement hip hop, et réalise trois films devenus emblématiques : "Génération Hip Hop", "Faire kiffer les anges" et "On n’est pas des marques de vélo". En 2006, son film documentaire "Allez Yallah !" raconte l’épopée d’une caravane de femmes luttant, des deux côtés de la Méditerranée, contre la régression de leurs droits remis en cause par la montée des intégrismes religieux. Il signe un nouveau film-manifeste en 2011, avec "93, la belle rebelle", qui brosse 40 années de résistance musicale en Seine Saint-Denis… ]

  • « Thorn touche juste en mettant en parallèle transformations du tissu urbain et culture populaire des banlieues (...). Discours mis en perspective par un filmage in situ et des bribes de concerts en plein air. »
    Vincent Ostria - Les Inrockuptibles
  • « Porté par une foi dans l'art, dans le bouillonnement d'énergie de la jeunesse, le film n'en est pas moins sous-tendu par la perspective très noire d'une évolution constante de la situation de la banlieue en général, et du 93 en particulier. »
    Isabelle Regnier - Le Monde
  • « Un hommage tonique, et militant, du documentariste Jean-Pierre Thorn au département mal-aimé de la Seine-Saint-Denis. »
    Serge Kaganski - Telerama
  • « Loin de dénigrer le succès de certains, le film bat simplement en brèche l'image fantasmatique du rappeur flambeur en montrant la précarité d'artistes, artisans des banlieues, témoins conscients de la complexité du milieu dont ils se sont faits les chantres. »
    Carole Millerili - Critikat.com
  • « loin des clichés médiatiques et du côté boy-scout bien-pensant, la banlieue chante sa révolte, et c'est revigorant. »
    Yann Tobin - Positif
  • « Un manifeste musical et politique, partisan et (im)pertinent. »
    Xavier Leherpeur - Le Nouvel Obs

les films de Jean-Pierre Thorn sur ce site :

93, la belle rebelle, de Jean-Pierre Thorn Allez Yallah, de Jean-Pierre Thorn On n'est pas des marques de vélos, de Jean-Pierre Thorn Faire kiffer les anges, de Jean-Pierre Thorn