Les pendules à leurre

Je fis donc un effort courageux pour chasser ce qui, à l’évidence,
n’était qu’une hallucination et revenir, non sans regret,
au monde tangible pour lequel, après tout,
et bien qu’il m’ait toujours été ingrat,
j’éprouve un attachement qui frise l’obsession.
Eduardo Mendoza
Le labyrinthe aux olives
Nuit américaine
Dans ce grand théâtre rouge
Le jour vient de se lever
La nuit vient d’exister
Et tout le monde déjà tourne en rond
Je me souviens d’un coucher de soleil
Il n’était pas très obéissant le soleil
La lune non plus d’ailleurs
Mais la lune, ce n’est pas tous les jours
Je dompte, je dompte
Le soleil désobéissant

J’ai vu
J’ai vu des gauchers
Parler en silence
J’ai vu des aveugles
Ecrire des poèmes
J’ai vu des sourds
Heureux de s’entendre
J’ai vu des amants
Suffisamment tendres
Et des indécis
Heureux d’être ici

Dune
Vagabond le mot erre
Laine de vent loin du nord
Souffle encore le mystère
Vague et bon du désert
Laine de mohair là-bas
Dune et de deux
Tu cherches ta respiration
Sable jour d’enfance un pot
Et une pelle à quoi bon
Les mots errent pour un peu
On croirait au désert

Port à port
Loin des yeux loin du port
Petit marin quand tu reviens
La nuit est tombée sur ton printemps
L’inconnu a pris la main
Qui te donnait la voie
Petit marin tu reviens de loin
Et tu n’en reviens pas
Comme tout a changé
On te parle tu ne reconnais pas
La voix de celui qui dit être ton ami
Un nouveau jour se lève sur la vie à venir
Un bateau attend là
A portée de main
Tu regardes derrière toi et souris
Après tout l’horizon n’est pas si loin
Là où la dernière fois
Un bonheur t’effleurait
Tu croyais qu’ailleurs on t’attendait
Loin des yeux loin du port
Petit marin que cherches-tu par ici
Les souvenirs ne t’ont pas attendu
Pour partir

Fanal éteint
Dès que je m’enflamme on m’éteint
Dès que je m’embrase on me souffle
Dessus on m’attise ou je me consume
Sans espoir de vin ou d’harmonie
Il n’y a pas d’harmonie solitaire
La note cherche sa sœur même ennemie
L’accord perdu est dans nos mains
Nos mains se perdent à chercher dans le noir
Un chemin qui n’est qu’en nous
Ne t’étonne pas si trop souvent
A tes questions ne répond
Que le souffle du vent

Un jour d’automne
C’était déjà la nuit
Les forêts étaient des océans
Mon bâton une rame
Mon corps un bateau
Mon envie une tempête
Ton absence un hiver
Mon rire un remède
Et mon pied au cul
Une solution impossible

Vrai Ment
Nous sommes le temps qui passe
Je me suis enfermé
Le jour où je suis sorti
Prendre l’air de rien
De l’autre côté de ma mère
On ne sait pas vraiment
Ce que l’on vient faire là
Alors on prend l’air détaché
De celui qui sait
Tout en sachant que personne
Ne sait vraiment
Et que parfois
Même celui qui croit dire vrai ment

Au Cadran Du Faubourg
Au cadran du Faubourg
L’ailleurs n’est pas loin
Théâtre des Variétés la terrasse donne sur la vie
Festival de trognes qui font aimer le monde
Et redouter l’uniforme
D’un visage à l’autre passent les continents
Et les pays et les histoires et les croyances
Des sourires lointains des mines renfrognées
De la sape
L’improvisation des boubous colorés
Des pas pressés et des pas pressés
Heureusement que l’autre ne me ressemble pas

Pourquoi faire
Je n’ai pas envie de me taire
Mais personne ne me demande de parler
Je n’ai pas envie de mourir
Mais personne ne me demande de vivre
Je n’ai pas envie de pleurer
Mais personne ne me demande de rire
Je n’ai pas envie de partir
Mais personne ne me demande de rester

L’emmerdeuse
J’ai envie de prendre les devants
Tu préfères que je te prenne par derrière
J’ai envie de t’emmener au restaurant
Tu dis oui mais plutôt en terrasse que dedans
J’ai envie parfois de ne rien dire alors là
Il faut reconnaître je reste coi
Tu as envie de venir dormir chez moi
En fait moi j’aime mettre mon nez chez toi

Une plume
J’aimerais revenir
Vers des choses plus futiles
Un sourire, un regard
Un billet pour les îles
J’aimerais revenir
Vers des choses inutiles

Carantec
Soir d’été en bord de mer
Toujours pareil line border
Près du gouffre
Goûte cette gaufre
Soir d’été en bord de mer
Chantilly et compagnie
Viens voir par ici
Mon désir à marée haute

Jessie James
Etre au net avec soi-même
Notre père qui êtes odieux
Vivre ivre rire de colère
D’ire, faire l’impossible
D’un possible désir
Allez voir là-bas Jessie James

Les yeux bandés
Loin du soir on croit pouvoir dormir
Loin du jour on s’ennuie à mourir
Dans tes bras on s’enfuit parfois
Dans la vie on y regarde à deux fois

Ici ou là
Parfois on voudrait
Commencer et ne jamais finir
Toujours là-bas filer vers le kiosque à musique
S’en aller parce que l’autre n’est plus là
Ou rester ici en attendant qu’il revienne
Finalement, on voudrait dormir parfois
Mais on dort et ça ne change rien
On cherche entre les nuits
A comprendre les jours qui passent
On trouve toujours quelque chose à redire
Des petits riens qui lassent
Et nous laissent sans voie

C’est pas d’ma faute
Ceux qui sont en cause
En causeront peut-être
Ceux qui sont en tête
S’entêteront peut-être
Et puis il y a les autres
Les convaincus les apôtres
Ceux qui quoi qu’ils en disent
Détestent qu’on les contredise
Ceux qui sont en vie
En causeront peut-être
Ceux qui sont en cause
S’en rappelleront, peut-être