• nouvelle, 41 p.
    Accoudé à la rambarde arrière du caboteur, je regardais les côtes du Finistère s'estomper dans la brume d'automne. Si je n'avais pas bu de la Guinness toute la nuit avec des ivrognes irlandais, je serais peut-être parvenu à attraper la navette touristique du matin, plus confortable et beaucoup plus rapide.
  • nouvelle, 70 p.
    John jeta un coup d'œil par la baie vitrée de l'atelier. Le ciel d'ardoise se brisait en pluie torrentielle, les arbres du parc pliaient sous les rafales de vent, bientôt pourtant les nuages s'éloignèrent, des touches de bleu apparurent vers le Nord et la lumière crue du soleil revint aussi vite qu'elle s'était estompée. Drôle de temps.
  • nouvelle, 90 p.
    Il y a ceux qui partent, ceux qui restent, ceux qui aimeraient partir, ceux qui aimeraient rester, et puis ceux qui ne savent toujours pas s'ils veulent partir ou rester. Mais un jour ou l'autre, chacun s'est posé la question; chacun s'est retrouvé confronté à la théorie du départ…
  • roman, 131 p.
    Le jour de son anniversaire n'est pas un jour tout à fait comme les autres, même si le soleil se lève aussi à l'Est ce matin-là. On espère sans attendre les manifestations de ses proches, et on ne peut s'empêcher d'en vouloir un peu à ceux qui vous ont oublié, même s'ils se dédouanent en vous invitant plus tard dans le meilleur restaurant du coin.
  • nouvelle, 15 p.
    Bon, je n'étais peut-être qu'un ramassis de paradoxes, de doutes, un sceptique qui voulait croire que la sérénité passe par le dénuement et la spiritualité, je m'étais trompé de siècle, d'endroit aussi, j'aurais dû me promener crâne rasé et toge au vent dans les couloirs d'un reculé monastère tibétain, ruminant sous toutes ses coutures les formules énigmatiques d'un maître désincarné.
  • nouvelle, 13 p.
    Malgré un côté terre à terre certain, Joanna était de ces personnes qui réagissent épidermiquement à leur environnement et sont affectées par des propos, des situations ou des réactions que beaucoup qualifieraient d'insignifiants. Il ne s'agit pas de susceptibilité, plutôt d'une extrême sensibilité associée à un imaginaire galopant.
  • nouvelle, 9 p.
    Et puis merdre, comme disait Ubu, ce n'est pas parce que j'ai passé trois années en taule pour une histoire stupide que tout est fichu. Quand je pense à Pierrot, mon compagnon de cellule qui a encore six ans à tirer, je me dis qu'il faut savoir profiter de sa liberté, en faire de la plus-value et bouffer la vie jusqu'à plus soif. Alors j'allais bouffer la vie, j'allais la faire danser, la vie.
  • nouvelle, 9 p.
    Quand Judith apprit que Roman allait se marier avec cette fille qu'il connaissait depuis à peine trois mois, elle en nourrit un violent ressentiment qui ne trouva d'apaisement que dans la consommation boulimique de tablettes de chocolat blanc aux noisettes. Une fois son organisme rassasié en sucre, Judith réussit à envisager les choses avec un peu plus de sérénité, si en vouloir à mort à quelqu'un est une possible forme de sérénité.
  • nouvelle, 14 p.
    D'un coup de fil succinct Maxence me pria de passer à son étude dès que j'en aurais le loisir, afin de discuter d'une affaire dont il ne voulait pas m'entretenir au téléphone. Je connaissais bien Maxence pour avoir jadis couché avec sa femme, ce qui n'est pas a priori la meilleure façon de se faire un ami.
  • nouvelle, 27 p.
    J'entends encore le son de votre voix au creux de mon oreille, comme une musique baroque qui me trotterait dans l'esprit, une musique de Purcell ou de Haydn, sérieuse et frivole, de celle que j'aime écouter en buvant du vin devant un feu de bois, le jour ou la nuit.
  • nouvelle, 16 p.
    - Tu n'as pas changé.
    - Pourquoi je devrais changer ?
    - Pour rien; surtout ne change pas.
  • nouvelle, 27 p.
    J'ai été surpris du vent frais qui soufflait sur le tarmac de l'aéroport d'Alicante. En quête d'un chariot à bagages, j'ai croisé le regard interrogatif d'un type d'une trentaine d'années qui brandissait un écriteau avec mon nom dessus. Il était prévu qu'un certain Alexandro m'accueille à l'aéroport.
  • nouvelle, 71 p.
    Une femme était étendue en travers du lit, nue sous un peignoir de satin blanc en désordre. Un homme gisait sur le plancher, un homme en complet-veston classique, flanelle grise, cravate rouge, rouge de sang, gorge tranchée, yeux énucléés, poitrine lardée de coups de couteaux, ventre ouvert, viscères dispersés sur le sol.
  • nouvelle, 10 p.
    Cette jeune femme était là, de passage comme la lune devant le soleil un jour d'éclipse; elle devait repartir bientôt pour un pays lointain où les hasards de la vie l'avaient amenée, un pays lointain qui m’évoquait les contes des mille et une nuits et les caravanes d'épices.
  • drame en un acte, 45 p.
    Le salon cossu d'un vieil appartement de caractère. Lui, la quarantaine fatiguée, artiste improductif depuis qu'il a touché un gros héritage et vit en oisif, cherche dans l'alcool une inspiration perdue. Elle, plus jeune, aguichante et volage, se fait entretenir par Lui, mais étouffe sous l'emprise de ce pygmalion…
  • conte a rebours, 20 p.
    Désenchanté par l'indifférence de ses semblables, Schinkelberg se réalise dans le rêve; en quête d'une sérénité à laquelle il aspire avec véhémence, il explore de tortueux chemins de traverse. Aventurier de l'imaginaire pour certains, conquérant de l'inutile pour d'autres, son utopie ne trouvera d'issue que dans une folie rédemptrice. Pas étonnant qu'il ait eu une drôle de vie
  • poésie, 59 p.
    Paresse
    La paresse / Un oiseau / Ailes ouvertes / Qui se laisse porter par le vent / Là-haut
  • poésie, 47 p.
    Jour d’automne
    C’était déjà la nuit / Les forêts étaient des océans / Mon bâton une rame / Mon corps un bateau / Mon envie une tempête / Ton absence un hiver / Mon rire un remède / Et mon pied au cul / Une solution impossible
  • nouvelle, 5 p.
    J’ai revissé le capuchon du stylo en songeant que je ne parviendrais pas à écrire grand-chose aujourd’hui, tant mon attention était accaparée par le paysage côtier et le moindre événement qui s’y déroulait.
  • roman, 150 p.
    Au cours de l’été 1896 les gazettes américaines s'étaient fait l'écho d'une nouvelle qui avait suscité bientôt d’étranges vocations : John Carmacks et deux associés venaient de découvrir un gigantesque filon d'or au Klondike, dans le Grand Nord canadien.
  • nouvelle, 10 p.
    « Faire d’une contrainte une force… ». Ce qui pouvait passer pour un oxymore de plus dans une longue liste de lieux communs, se révélait pourtant un nécessaire levier dans la vie quotidienne, et notamment la mienne.
  • nouvelle, 15 p.
    J’observais le plafond moiré d’ombres projetées par les flammes de la cheminée, je songeais à celui de ma chambre et me disais que finalement où qu’on aille on trimballe toujours les mêmes valises et les mêmes questions; le mouvement procure l’illusion de faire quelque chose de notre temps ou d’exister un peu plus, mais c’est peut-être là l’une des motivations premières des grands voyageurs.